SACHSENHAUSEN-
ORANIENBURG
1933, Hitler est élu démocratiquement, il fait disparaître ses adversaires politiques et religieux allemands.
Il créé des " Camps de rééducation " en emprisonnant ses victimes, les locaux courant (prisons, casernes, usines vides, châteaux inoccupés) sont pleins.
Il créé DACHAU dès 1933 ; le 12 juillet 1936, 500 détenus commencent la construction du Camp dORANIENBURG, au lieu-dit de SACHSENHAUSEN.
Déjà, sous les coups de pieds, de matraque, les détenus abattant les pins, montent les premiers blocks.
En août, leffectif effectif passe à 900, pour atteindre 1600 en novembre, ce camp va prendre le nom de SACHSENHAUSEN, et devenir le centre administratif S.S.
Rien nest laissé au hasard, même le papier à lettre du camp de SACHSENHAUSEN portait en en-tête : VERNICHTUNGSLAGER ( camp dextermination.)
Après avoir franchi la porte dentrée du Camp, portant linscription : ARBEIT MACHT FREI (le travail rend libre) la colonne de détenus, tête nue, sétire portant en son milieu, les plus faibles.
Maintenant, ils se tiennent là, rangés par 5, les uns derrière les autres, la coiffure dans la main, dans le vent glacé.
Devant eux, ressortant dun tapis de neige, un écriteau avec une tête de mort et des os. Des heures entières, les " entrants ", transformés en colonnes de glace ou brûlés par le soleil, selon les saisons, devaient rester au garde-à-vous, rossés au moindre signe de faiblesse, au moindre regard de coté.
Puis les S.S. en criant : " los ! los ! " (vite! vite!) poussent le troupeau vers les rues des blocks.
Dans la baraque de douches, le nouveau abandonne ses vêtements ; il fait glisser dans un sac tous ses effets personnels, porte-feuille, montre, bague.
Nu comme un vers, il attend comme son voisin, la tonte (cheveux, tous poils), après celle-ci, il est badigeonné de grésil sous les bras, et entre les cuisses, ce qui le fait hurler.
Puis la douche prise, dans une autre salle, sont entassés, sur de longues tables, des vêtements rayés.
Dès la tenue reçue, en colonne par 5, il faut courir, sous les cris et les coups, à un autre block.
Le soir, il faut coudre sur sa veste le triangle et le N° matricule indiqué par le secrétariat, cest lidentité.
La quarantaine avait pour but dassouplir le caractère du détenu, pour en faire un Déporté, un sous-homme.
Dès le lever, les séances de gymnastique pendant des heures et des heures " sauter, saccroupir, sauter saccroupir ".
Un homme de 72 ans, par moins 12 degrés, après avoir été arrosé de plusieurs seaux deau, doit aussi sauter, saccroupir, sauter, saccroupir.
Leau gèle sur le corps du pauvre homme, qui décède au bout de 2 heures.
On essayait aussi, là, les nouveaux gaz de combat.
Les Docteurs S.S. Lolling et Baumkoetter nhésitaient pas à inoculer aux Déportés, les maladies dont ils avaient besoin : typhus, tuberculose, fièvre jaune, et divers poisons.
Le grand camp faisait 18 hectares - 50 baraques dhabitation - 6 pour " prisonniers de guerre ? " - 7 pour linfirmerie - 15 pour lhabillement, la désinfection, les douches, le séchoir, la cantine, le secrétariat, la cuisine, la réserve à vivre, la pathologie avec ses 3 morgues, et les cellules.
Les baraques ( blocks ) étaient prévues pour recevoir 148 détenus ; un mur de béton surmonté de fils barbelés entourait le Camp, avec 9 miradors.
En 1940, fut construit le premier crématoire avec ses 2 fours, et un block pour les exécutions de masses ; en 1942 fut implantée la " Station Z ", avec la chambre à gaz et 4 nouveaux fours crématoires.
La Kommandantur, linfrastructure et les logements S.S. étaient à lextérieur du Camp, ainsi que les 10 casernes et 45 baraques des groupes S.S. " têtes de mort " et les " Waffen-S.S. " - 500 autres baraques pour les garages, limprimerie, le poste radio, et les chenils.
Là, vous avez une idée de limportance de ce Camp ; la surface totale était de 388 hectares.
On mourrait à Sachso, comme dans les autres Camps, mais la manière la plus expéditive était le passage direct de la porte dentrée du Camp à la chambre à gaz.
De cette façon, disparurent les Juifs du Guetto de Budapest ; mais la plupart des Déportés mourraient lentement, perdant leur force de résistance.
Au travail forcé, dans les usines, les kommandos de foret, au piochage des tranchées, les hommes sécroulaient, vaincus par le travail exténuant de 10 à 12 heures, pratiquement sans nourriture, et sous les coups.
Les tests de chaussures sur la résistance de semelles artificielles pour larmée allemande consistaient à marcher, courir, sauter sur un sol alternant sable, terre, caillasse, béton, mare deau, des Déportés chargés dun sac de sable de 15 kg de 6h à 17h, sans arrêt.
La moindre défaillance étant sanctionnée par lenvoi à la " Station Z " et le crématoire.
En 1941, 18 000 prisonniers de guerre russes sont fusillés.
En septembre 1941, les blocks 11, 12, 35 et 36 furent vidés de leurs occupants, qui furent dirigés vers la place dappel, inondée de la lumière des projecteurs des miradors.
Beaucoup étaient portés par leurs camarades, beaucoup sécroulèrent avant larrêt de la colonne, les S.S. les emmenèrent directement au crématoire.
Les autres furent entassés à 3 000 par block, pendant 4 jours, sans nourriture ; chaque matin, les survivants devaient passer au-dessus de leur tête, les morts de la nuit, par les fenêtres.
Chaque soir, une partie des détenus était emmenée au stand de tir, où ils étaient abattus au pistolet mitrailleur. Ceux qui se méfiaient ou refusaient dy aller étaient abattus sur place.
Lesprit inventif des S.S. navait pas son pareil. Ils firent construire une installation " raffinée. "
A lintérieur de lenceinte l " Industrie Hof " (lensemble de tous les ateliers), un block a été divisée en 4 pièces.
La 1ère servait au déshabillage et à linterrogatoire didentité, la 2ème avait laspect dun cabinet médical pour la mise en confiance.
La 3ème le détenu y entrait sans crainte : une salle de douches, carrelée jusquà mi-mur. Fixée sur un mur, une toise, vous savez pour mesurer la taille.
Mais, à la hauteur de nuque, il y avait un trou dans cette toise, et aussi dans le mur, ce qui permettait à un S.S. dans lautre pièce, de tirer une balle dans la nuque du détenu, qui se mettait obligatoirement sous cette toise.
Le volume de la musique était très élevé, masquant les bruit des exécutions. 2 Déportés du kommando crématoire venait chercher le corps et effaçaient au jet deau les traces de sang, et au suivant...
Bien sûr, avant de brûler les corps, lor dentaire était arraché ; lors de la " visite médicale ", le détenu porteur dor était marqué dune croix bleue.
Au port de Klinker, sur la Havel, les Déportés déchargeaient les péniches. Le soir, pour rentrer au Camp, ils devaient porter sur lépaule 5 briques et courir, sans les laisser tomber.
Travail de 6h à 18 et 19h, avec pour tout repas, 250 gr de pain, et une soupe claire.
Au kommando de construction de Klinker, 2 000 Déportés travaillaient, 30 morts par jour, cétait courant.
Dans les blocks confiés par les S.S., aux " verts " (droits communs), la terreur régnait, le nerf de boeuf sifflait très souvent, et les coups pleuvaient facilement.
La solidarité entre Déportés essayait de se développer. Entre nationaux dabord, mais surtout par affinité.
Quoi que de plus tentant que de grappiller, pour certains Déportés affectés au Kommando des vêtements des entrants, destinés aux civils allemands, un peu de lor camoufle dans les doublures.
Sous la direction de lObersturmführer Cornely (Commissaire principal de police judiciaire en 1966, à Cologne) lenquête sur ce " système D " aboutit en plus à la découverte au block 28, dun poste de radio.
47 Déportés sont envoyés à lAlexanderplatz, prison centrale de Berlin, et décapités à la hache.
Les Juifs arrivent au Camp par transports massifs 6 000 le 30/10/44 et 2 000 les 16 et 17/11/44 ; la plupart, ne seront pas immatriculés et passeront directement au crématoire.
Un transport arrive dAuschwitz mi-janvier 45, 238 Déportés sont morts, gelés dans les wagons, 72 fous et à moitié mort.
Les morts succèdent aux morts, avec le désir de faire disparaître les témoins gênants, au fur et à mesure que les Alliés avancent.
Il est envisagé de faire bombarder le Camp par laviation ou lartillerie, ou de le faire miner par le génie ou fusiller tous les Déportés (80 000), arroser les corps dessence, et mettre les restes dans des fosses.
Les S.S. vinrent à lidée dévacuer le camp. Les transports alternent avec les exécutions.
Chaque jour ou presque, il y a un départ vers un autre Camp, ou la " station Z ".
Les juifs provenant de Lieberose ou de Schwarzheide passent par milliers à la chambre à gaz, où suivent les tuberculeux de Revier.
A partir de 12/44, les malades ne sont plus envoyés au Revier, ils meurent sur place.
A Klinker, un S.S. annonça : " Le Camp va être évacué. Nous organisons des trains pour ceux qui se sentent trop faibles ; ceux que se pensent incapables de marcher, non quà sinscrire. "
Hésitations et méfiance parmi les Déportés. 400 dentre eux choisissent lévacuation en train.
Un matin, ils furent regroupés, et direction le grand Camp de Sachso ; ils y disparurent.
Certains affirment, les avoir vu entrer dans lenceinte de la chambre à gaz.
Des femmes de Ravensbrück arrivent au Camp et sont installées dans les blocks 36 et 37.
Les Alliés multiplient leurs bombardements. La fabrique AUER est détruite - lusine de chaussure DAW flambe.
Le 10 avril 45, alors que les Alliés sont devant Brême, Brunswick, Weimar, Nuremberg, sur lOder, le Camp de Klinker va disparaître.
Treize vagues de bombardiers alliés, le raid aura duré 40 minutes et 400 morts estimés.
Le grand Camp est surpeuplé ; le 21 avril 45, lévacuation est décidée.
30 000 hommes de Sachsenhausen et 5 000 femmes de Ravensbrück par groupe de 500,vont commencer " LA MARCHE DE LA MORT ".
Seulement 18 000 survivants à lissue de cette " marche de la mort. "
Authentifié par Maurice PELLAN de ST BRIEUC
N° Matricule à SACHSENHAUSEN 58 197
SACHSENHAUSEN,
Arrêté le 8 mars 1943.
Marche de la Mort,
vers BERGEN- BELSEN.
Interné à la maison darrêt de St BRIEUC, le 10 mars, jusquau 15 avril.
Questionné une fois par semaine par la Gestapo, Boulevard Lamartine où jai subi toute sorte de torture.
Etant le plus jeune, ils ont cru que je finirai par parler et leur donner des noms.
Mais jamais, je nai avoué quon devait partir en Angleterre ; ils croyaient quil y avait un sous - marin anglais qui venait nous prendre et que je savais la filière.
Puis, vers le 15 avril avec plusieurs camarades, on nous amène à Compiègne jusquau 1er mai.
Direction lAllemagne " Sachsenhausen ", une centaine dhommes par wagon.
Sachsenhausen, nous étions en quarantaine, nous étions entre les mains des Kapos.
Des droits communs qui avaient tous les droits sur nous.
Il a fallu apprendre en Allemand, notre numéro matricule, faire demi-tour à droite et gauche, marcher au pas, se mettre au garde-à-vous, saluer en enlevant son béret contre son pantalon comme un militaire.
A coups de matraque, tout le monde avait appris les ordres ; puis un jour, on nous a rassemblés sur la grande place, comptés, recomptés.
Un officier S.S. et un Kapo passe dans les rangs pour voir sil ny avait des gens inaptes au travail.
Au bout dun moment, le Kapo nous a donné lordre " demi-tour à droite, en claquant les talons, marche au pas. "
A la sortie, nous sommes recomptés par un officier allemand, et direction la gare, direction inconnue.
Puis, le lendemain matin, le train sarrête dans une gare, on nous fait descendre, et en rang par 5, comptés par le chef kapo qui donne le nombre.
Un officier allemand, qui nous recompte, et demi-tour, et marche pendant plusieurs kilomètres.
Nous voilà devant une usine, où tout était déjà prêt pour nous recevoir, et là, on est resté 2 ans.
Avec les Kapos toujours sur le dos, battus à coups de pelle ou de matraque ; ils avaient le choix de vie et de mort sur nous.
A lintérieur du Camp et sur le lieu de travail qui était entouré de barbelé et de 4 miradors, cest les Kapos qui commandaient et tuaient sans savoir la raison.
Puis, le 27 janvier 1945, on nous a donné lordre de quitter lusine devant lavance russe, on entendait les fusillade.
Nous sommes partis le 28 au lever du jour, dans la neige, avec moins 24, moins 25 degrés.
On était content de voir cette débâcle, et la troupe avec ces jeunes nazis en débandade, les civils sur les routes.
Les S.S. et les Kapos poussaient des cris daller plus vite, nous avons marché toute la journée par des petits chemins où lon senfonçait dans la neige.
Cela ralentissait notre marche, on recevait des coups de crosse et matraque, rien à manger.
Tout était gelé, puis la nuit tombée, on arrive dans un kommando, on nous fait rentrer.
Nayant pas de place, nous sommes restés toute la nuit sur la place dappel ; il fallait bouger pour essayer de se réchauffer.
Puis, le jour venu, on nous compte et recompte 3 rangs de 5, et jétais dans ces rangs pour compléter un convoi qui partait.
Cest là, qui jai été séparé de mes 4 camarades, direction la gare au pas de gymnastique.
Des cris, des coups de crosse...Nous arrivons au grand Camp de Sachsenhausen, jai retrouvé des camarades Bretons qui travaillaient dans dautres usines.
Puis nouveau départ vers la gare, vers le 1er ou 2 février 45, des wagons découverts nous attendaient, nous sommes entassés comme des sardines.
Direction inconnue, toujours avec moins 24,moins 25 degrés, le trajet dura plusieurs jours et nuits, il y avait des morts de froid, de faim.
On enlevait les vestes des morts pour nous mettre sur le dos ; mais lors de nos arrêts sur les voies de garage, les Kapos venaient voir, et gare à celui qui avait 2 vestes, il était abattu de suite.
Puis enfin, le train sarrête le long dun quai, les kapos font ouvrir les portes, nous font descendre.
Beaucoup navaient plus de force, tombaient par terre, on nous met en rang, on nous compte.
Il ne reste plus que la moitié du convoi, le reste est mort dans les wagons ; on nous fait jeter les cadavres sur le quai.
Nous sommes repartis à pieds à travers une lande pendant plusieurs kilomètres ; affaiblis par le trajet et la faim, nous avons du mal à marcher.
Les S.S. continuent à nous frapper à coups de crosse, on tombait ; ils nous faisaient nous relever à coups de bottes.
Celui qui ne pouvait plus recevait une balle dans la tête, et roulait dans le fossé.
Enfin un camp, lofficier allemand se présente au chef du camp, pour le donner le nombre qui reste du convoi.
On nous fait entrer dans une baraque où il y avait des cadavres partout, mais on ne faisait plus attention.
Ce qui ma surpris, cest de voir à travers les barbelés, un camp de femmes, certaines traînaient des chariots où lon voyait des bras, des jambes, des têtes ; ils allaient sûrement aux fosses.
Le soir de notre arrivée, jai retrouvé 2 autres Bretons : Yves LEON, et Emile LEROUX de Bréhat.
Au départ, nous étions dans le même convoi, nous nous retrouvons après 2 ans, nous sommes dans le Camp de BERGEN-BELSEN.
Nous sommes en surnombre, du matin au soir, à lappel, en rang par 5, sans manger.
Celui qui sappuyait sur un autre était abattu tout de suite ; dautres traînaient des morts de la nuit, mais la plupart, restaient sur place.
Le soir, on recevait un _ litre de soupe claire de rutabaga, et une boule de pain pour 10.
Il fallait se bagarrer pour avoir à manger, pour forcer celui qui recevait le pain, à partager, car nous étions, nous les Français, en minorité parmi les Russes, Ukrainiens, Polonais...
La nuit, on dormait assis, un contre le mur, un autre entre les jambes, ainsi de suite ; au réveil, soit on dormait sur un mort, soit on avait un cadavre sur soit.
Les morts de la nuit étaient jetés par la fenêtre ; le chef du Camp, le fameux Kramer demandait tous les jours, combien il y en avait.
Et répondait : " Demain, il en faut le double ".
Le terrain était jonché de cadavres de Déportés.
Je suis Jean COATANROCH, né le 12 mars 1924 à Lézardrieux, date de mariage le 12 novembre 1946 à Pleumeur-Gautier, N° Matricule. 66 548