RAVENSBRÜSCK
Il fut le plus grand Camp de concentration de femmes sur le territoire du grand reich.
Situé au nord de Berlin, sur une terre de marais et de bois, ce Camp subissait laffluence de la mer baltique.
Il fut ouvert le 18 mai 1939 pour 860 Allemandes et 7 Autrichiennes, opposantes politiques, et juives.
Un petit Camp dhommes y fut accolé, le sadisme nazi allant faire sortir les Déportés jusquaux limites de leur Camp, pour assister au passage des Déportées dénudées.
Les chiffres dArolsen donnent le nombre de 107 753 immatriculations ; mais, la plupart des historiens lestiment à 130 000, pour les Détenues entrées entre 1939 et 1945.
Polonaises, Soviétiques, Allemandes, Autrichiennes, Hongroises, Françaises, Espagnoles, Norvégiennes, Tchèques, Anglaises, Américaines.
Tous S.S., les gardiens de Ravensbrück avaient sous leurs ordres des auxiliaires féminins.
Le Lagerkommandant (commandant du Camp) fut à partir doctobre 1942, Fritz Suhren. Cest sous son autorité que Ravensbrück, devint en 45, un camp dextermination pourvu dune chambre à gaz et d un camp annexe, dit " Uckermark " ou
" Jugendlager ", qui servit dultime lieu dassassinat et de sélection pour la chambre à gaz.
Au fil des années, larrivée de plus en plus massive de convois venant de toute lEurope occupée, rendait la vie des Déportées de plus en plus dure.
Il y avait 35 blocks dans ce Camp, lentassement des dortoirs était hallucinant.
Sur un espace large de 65 centimètres, 3, voire 4 femmes étaient installées sur des échafaudages, en 3 étages.
La surpopulation atteindra son comble au cours de lannée 44, 70 000 numéros matricules furent attribués.
Début septembre, une tente fut montée entre les blocks 24 et 26 pour les femmes et les enfants arrêtés à Varsovie.
La ration de pain 100 à 150 gr, et de la soupe de plus en plus claire, devaient impérativement permettre aux Déportées daccomplir 12 heures de travail par jour.
Après lappel, dune durée de 4 à 6 heures, les colonnes se formaient, pour se rendre sur les lieux de travail.
Lusine Siemens, lIndustirehof ( confection et entretien des uniformes S.S., tissage),la carrière de sable, les marais, la forêt, le terrassement, le déchargement des péniches, autant de travaux harassants sous les coups et les hurlements.
Le système des punitions était identique à celui des hommes : privation de nourriture, station debout pendant des heures( souvent pour des blocks entiers), bastonnade, cachot dans le Bunker (prison).
Le Strafblock est très redouté, la vie y était particulièrement éprouvante, dans cette baraque isolée, la promiscuité redoutable, la nourriture encore plus réduite pour un travail épuisant.
Les fusillades, les pendaisons, les exécutions par balle dans la nuque étaient des plus fréquentes.
Un spécialiste de la stérilisation et des avortements, le Dr Schumann, a sévi à Ravensbrück ; parmi ses cobayes, une centaines de petites Tziganes. ( la plus jeune navait pas 8 ans)
Entre 1942 et 1943, le S.S. Gebhardt, chirurgien de renommée mondiale, sest livré à des expériences sur des jeunes filles.
Plusieurs en sont mortes rapidement, mais une soixantaine de survivantes clopinaient dans le Camp.
Elles étaient baptisées " les lapins " et avaient rejoint les Déportées N.N. dans le block spécial
32.
Dans les derniers temps, le tiers du Camp se trouvait au Revier, plaies, dysenterie, tuberculose, diphtérie, typhus faisaient dénormes ravages.
Le plus souvent, on entrait au Revier pour y mourir.
A tout cela, il fallait ajouter les sélections qui touchaient les plus atteintes et les folles.
Durant les premières années, les nouveau-nés étaient noyés ou étranglés devant leur mère.
Puis à partir doctobre 44, ils étaient laissés en vie, mais mouraient très rapidement, les mères étaient trop déficientes pour allaiter.
Après lété 44, lafflux de femmes transférées dautres Camps, larrestation dun grand nombre de Polonaises, de femmes dEurope de lESt, pousse ladministration du Camp a créer la " Kinderzimmer ".
Marie-jo Chombart de Lauwe y sera affectée, apaisant la vie de plusieurs nourrissons.
Il y eut toujours dans le Camp des enfants dont la vie quotidienne était dramatique, car elle était semblable à celle des adultes, malgré les efforts des Déportées pour améliorer le sort de ces innocents plongés dans lenfer.
Les plus nombreux furent les Tziganes, puis en 1944, de jeunes enfants juifs accompagnant leurs mères vinrent de France, Hongrie, Hollande, Belgique et de Russie.
A libération, seule une petite poignée de ces petites victimes a pourtant survécu.
A son retour, une petite Française de 12 ans se souvenait de ses 43 petits compagnons et compagnes dont la plupart étaient à Ravensbrück...
En janvier 45, les inaptes au travail, les personnes âgées sont transférées, après sélections, au Camp annexe de dUckermark pour être, soit exterminées par piqûre ou empoisonnement, soit traînées jusquà la chambre à gaz.
Au début, lextermination était camouflée en centre de repos pour les femmes épuisées.
Des Déportées se présentèrent pour partir dans " un havre de paix. "
Mais, très vite, cest de force que les femmes seront emmenées dans leffroyable Camp annexe.
Comment décrire les scènes qui se déroulèrent, où étaient désignées celles qui devaient faire partie des " colonnes de fumées ? "
Pendant ce temps, au Revier, un médecin S.S. établissait les listes de celles qui seraient jetées dans les camions qui partaient vers la mort.
Devant lavance des Armées alliées, les S.S. lancèrent sur les routes, des colonnes de Déportées et vécurent les terribles " Marches de la Mort. " Les plus exténuées furent abattues le long des routes.
Authentifié par Marie - Jo CHOMBART de LAUWE, de BREHAT (22)
Donner la vie dans un camp de la mort
Fille de médecin pédiatre et de sage-femme, dés 1940, lycéenne à Tréguier, Yvette WILBORTS contribue à cacher les premiers aviateurs anglais, tombés en Bretagne. Un réseau se structure autour de la famille WILBORTS, de Bréhat, en liaison avec le groupe du frère Jean-Baptiste LEGEAY, de Pléhédel.
Yvette utilise son second prénom : Marie-Jo. Sa mère Suzanne devient Sidonie.
Le frère LEGEAY est arrêté en novembre 1941. Infiltrée par un agent double, la " bande à Sidonie ", devenue groupe "Georges France 31 " tombe à son tour en mai 1942.
Quelques mois plus tard, à Fresnes, Marie-Jo, sa mère et leurs compagnes apprennent quelles sont classées " Nacht und Nebel "
( Nuit et Brouillard : elles sont condamnées à disparaître, sans laisser de trace dans les camps de concentration.)
Elles arrivent au camp de RAVENSBRÜCK, au nord de BERLIN, le 31 juillet 1943. Marie-Jo fabrique des pièces électriques à lusine Siemens.
" Himmler était propriétaire du terrain marécageux sur lequel a été construit RAVENSBRÜCK. Il a eu lidée dy créer le camp et a incité les industriels à y installer des unités de production. Tout le monde y trouvait son profit. Les grands groupes disposaient dune main doeuvre très bon marché et indéfiniment renouvelable. Himmler empochait le prix de la location des esclaves, tout en assurant la fonction première des camps : faire mourir de fatigue, de maladie et de faim le maximum dindésirables ", raconte Marie-Jo.
Mêmes corvées, mêmes appels interminables dans le froid intense, mêmes vêtements rayés, même mortalité galopante, mêmes punitions infligées par des gardiens sadiques.
RAVENSBRÜCK nest pourtant pas un camp comme les autres ; il ne reçoit que des femmes.
Et qui dit femmes, dit mères. " Jusquà lautomne 1944, les bébés étaient systématiquement éliminés à la naissance. " Dans des conditions parfois effroyables. ( faire étrangler ou noyer lenfant en présence de sa mère, la résistance du nouveau-né pouvant durer jusquà 20 et 30 minutes)
Après lété 1944, lafflux de femmes transférées dautres camps, larrestation dun grand nombre de Polonaises et de femmes dEurope de lEst, pousse ladminisration du camp à créer la " Kinderzimmer ".
Marie-jo, qui ne travaille plus pour Siemens, est recrutée sur ses antécédents familiaux.
" Nous disposions en tout et pour tout de deux châlits avec un étage. Les bébés étaient couchés en travers, les uns à côté des autres. "
Plus de 40 nourrissons se retrouvent souvent rassemblés dans le dénuement le plus complet. " On nous les apportait avec une chemise, une couche, un bout de chemise ou châle en guise de lange. Et une seule couche de change... "
La pièce ne dispose que dun robinet deau froide. Les mamans sont autorisées à donner le sein à leurs bébés toutes les 4 heures. Mais ces pauvres femmes décharnées manquent de lait.
Les nourrissons affaiblis, changés trop peu souvent, meurent de diarrhées, de pneumonies, dinfections quils se transmettent de lun à lautre.
" Il est rare qun bébé survive au delà de 3 mois ", se souvient Marie-Jo. A tour de rôle, la jeune fille et ses camarades doivent chaque matin, transporter les petits corps sans vie jusquà latroce caveau, qui sert dantichambre au four crématoire.
Des dizaines de cadavres squelettiques y sont déjà entassés.
" Bouche ouverte, ils continuaient silencieusement à hurler la mort ".
La solidarité sorganise : les Déportées détournent du tissu pour augmenter le stock de couches. A force de pressions, linfirmière en chef SS entrouvre le placard où elle stocke par dizaine les boîtes de lait, fournies par la Croix Rouge.
Chaque matin, celle qui revient de la morgue se voit remettre...un unique pot de lait.
Les femmes de la kinderzimmer possèdent seulement 2 biberons. Sans tétine ! Des détenues récupèrent des flacons de verre. Au péril de sa vie, une infirmière vole une paire de gants de chirurgie en caoutchouc. Ses dix doigts feront dis tétines.
Marie-Jo, Zdenka Nedvedova femme médecin tchèque et la Yougoslave Becka Ivanovitch font de leur mieux, accablées par un énorme sentiment dinjustice et dimpuissance.
Marie-Jo noubliera jamais les yeux bleus de Barbara, un petite fille quelle avait " adoptée " et quelle na pas pu sauver.
Pourtant, sur les 800 bébés nés à RAVENSBRÜCK, une quarantaine sortiront vivants du camp : 29 Polonais, une dizaine de Russes, un Autrichien et 3 Français.
Hélène PASSERAT a mis au monde Jean-Claude, un gros bébé bien portant. A la scierie où elle travaille, elle bénéficie de laide de prisonniers de guerre français qui lui fournissent linge et lait.
" Fin mars 1945, sous limpulsion du Comte BERNADOTTE, la Croix Rouge a négocié lévacuation de quelques dizaines de Déportés norvégiennes, hollandaises, belges et françaises. "
Les mamans de Sylvie AYLMER et de Guy POIROT, pourtant inscrites sur la " liste noire ", parviendront à se glisser dans un camion.
Repérées par les SS, elles ont tout juste le temps de senfuir. Elles réussissent à monter dans le second convoi. Les enfants, recouverts de la tête aux pieds, ont été confiés à une infirmière civile allemande.
Au moment, où le convoi sébranle, la brave femme leur tend les bébés : " Vous avez oublié vos paquets. "
Quelques heures plus tard, le médecin suédois qui accompagne le convoi, découvre létat critique de Guy et Sylvie. Il réussira à la sauver.
Aujourdhui encore, pour Marie-Jo et les rescapées de RAVENSBRÜCK, cette victoire na pas de prix.
(Marie-Jo, psycho-sociologue est mariée avec Paul-Henri CHOMBART de LAUWE,
LES NOUVEAUX NES
Dans une circulaire du 06/05/1943, les chefs de la sécurité et de la police (SD) avaient décrété quil ne devait pas se trouver de femmes enceintes, ni y avoir daccouchements dans les camps.
Pourtant, beaucoup de témoignages attestent que dans un camp comme Auschwitz, de nombreux bébés furent tués à la naissance.
Parfois par des mères déportées elles-mêmes, seul moyen pour la mère de ne pas être envoyée à la chambre à gaz avec le nouveau-né, en prouvant quelle pouvait reprendre le travail tout de suite.
A Ravensbrück, les femmes enceintes dun " non Juif " allaient accoucher dans un hôpital à lextérieur ; les bébés étaient confiés à des institutions telles les Lebensborn et les mères ramenées au camp.
Toutes les autres femmes, soit étaient soumises à lavortement, soit accouchaient à terme, le bébé était tué à la naissance.
A partir de 1944, des accouchements clandestins ont eu lieu, mais les nouveau-nés navaient aucune chance de survie.
En septembre 44, je ne sais à la suite de quelle décision de la direction du camp, une petite pièce, la Kinderzimmer a été installée pour recevoir les bébés.
Jai été une des jeunes filles désignées pour sen occuper.
Marie-Jo CHOMBARD de LAUWE
JEUNES FEMMES " SUJETS DEXPERIMENTATIONS "
Lautorisation de disposer dêtres humains pour lexpérimentation et la recherche était délivrée par Himmler en personne.
En juillet 1943, à Ravensbrück, jai vu, des jeunes femmes, 75, presque toutes des Polonaises, que nous appelions familièrement les " lapins ", étaient amenées au Revier, et des médecins nazis y procédaient aux opérations : fractures des jambes et prélèvement dos ou de muscles, ensemencement des plaies avec du staphylocoque, des cultures de gangrène et de tétanos...
Une dizaine de ces victimes sont mortes dans des souffrances intolérables.
Dautres ont été convoquées pour une seconde opération, elles se sont révoltées.
Elles ont été emmenées de force au bunker
( la prison du Camp), et opérées sans la moindre asepsie.
Plusieurs ont été fusillées.
Marie-Jo CHOMBART de LAUWE, de BREHAT (22)
STERILISATIONS
A Ravensbrück, durant le dernier hiver, jai été informée par des camarades infirmières travaillant au Revier, que des mères tziganes avec leurs petites filles
subissaient des stérilisations.
Les infirmières déportées nentraient pas dans la salle dopération durant lintervention, mais elles ramassaient les victimes à la sortie.
Dautres étaient chargées de développer les radios prises pendant lintervention pour suivre lexpérience, elles ont vu quun liquide était introduit par les voies génitales pour brûler les trompes et les ovaires.
A lissue, une petite fille est morte dans datroces souffrances, elle avait une plaie au ventre, laissée ouverte depuis plusieurs jours.
Sans doute pour observer les conséquences de ce procédé de stérilisation, qui a aussi été utilisé à Auschwitz.
En 1950 à Rastatt, lors du procès de Franz Suhren, commandant de Ravensbrück, où jétais témoin, quand jai évoqué le cas de ces Tziganes, il a répondu avec bonne conscience : " Bien sûr, jai fait stériliser des femmes et des enfants, et aussi des hommes, mais comprenez donc, cétait des Tziganes. "
Dans la mentalité nazie, cétait une " race inférieure " qui navait pas le droit de se reproduire.
Marie-jo CHOMBARD de LAUWE
Essais de stérilisation
Massive
Lettre adressée à Himmler par le professeur Carl Clauberg, le 7 juin 1943 :
Présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation
Déportée à RAVENSBRÜCK, N° Matricule 21 706
le Docteur Adrien WILBORTS est mort à BUCHENWALD en février 44 ;
Suzanne-Sidonnie WILBORTS, revenue très affaiblie des camps, sest éteinte en 1957.)
(Colloque du 10/12/01, à la Cour de Cassation de Paris)
Déportée à RAVENSBRÜCK, N° Matricule 21706
( Versuchspersonen )
Déportée à RAVENSBRÜCK, N° Matricule21 706
(colloque du 10/12/01, à la Cour de Cassation de Paris)
A lattention des groupes sociaux et ethniques
" La méthode inventée par moi pour stériliser, sans opération, lorganisme féminin, est pratiquement entièrement au point. Elle se pratique à laide dune seule injection...Le moment nest pas éloigné où je pourrai dire : un médecin, disposant dune installation correspondante et dune dizaine daides...pourra selon toute probabilité stériliser plusieurs centaines - sinon 1000 - femmes par jour... "