NEUENGAMME

C’est le grand Camp de l’Allemagne du Nord. Camp maudit - Camp méconnu.

A 25 kilomètres de Hambourg, logé dans un vaste méandre de l’Elbe, il baigne dans un marais.

Exposé au vent glacé de la Baltique, aux brumes épaisses de la Mer du Nord, aux vents tournoyants de l’immense plaine de Saxe.

Maudit, car longtemps sous l’emprise des triangles verts ( droits communs ), criminels au service des S.S., un grand nombre de Déportés en mouront.

D’abord en 1938, kommando de briqueterie de SACHSENHAUSEN, il devient ensuite Camp autonome.

Le 1er convoi en provenance directe de France arrive le 21 mai 1944, 1986 détenus immatriculés dans la série des 30 000 à 31 000.

D’autres suivront de France, mais aussi de Hollande, Pologne, de Hongrie...

A la fin d’avril 1945, l’effectif est de 106 000 Déportés, dont 11 500 Français, et 13 000 femmes réparties dans divers kommandos extérieurs.

NEUENGAMME comptera jusqu’à 80 kommandos, sa zone d’action est gigantesque, 66 hectares.

Là aussi, la décision décrétée par le ministre Sauckel, en avril 1942, chef suprême de la main- d’oeuvre du Reich sera appliquée à la lettre :

« Les détenus des Camps de concentration doivent être utilisés jusqu’à épuisement de toutes leurs forces à l’effort de guerre allemand ».

Dans la doctrine nazie, S.S., l’exploitation économique et élimination des ennemis du Reich vont de pair.

Doté de casernements S.S., de villas pour les Officiers et leurs familles, de blocks pour les Déportés, cuisine, revier, morgue, crématoire, bunker pour les pendaisons non publiques, d’un Waschraum (salle de douches), qui sert aussi à l’occasion de chambre à gaz.

Ainsi en 1942, 448 Déportés soviétiques y seront gazés.

Une ligne de chemin de fer particulière arrive directement au Camp, ainsi qu’un canal de 2 kilomètres, creusé par les Déportés reliant l’Elbe au Camp.

Autre particularité de ce Camp : un block spécial « d’expériences » peuplé d’enfants, garçons et filles de 4 à 12 ans.

Ils seront des cobayes pour les besoins de la science allemande, sous le contrôle du professeur Heissmeyer.

L’un des 2 médecins Déportés français ayant la charge des enfants, mais qui n’assistait pas aux « séances de traitements », a cependant vu insuffler des bacilles tuberculeux dans les poumons de certaines fillettes, a pu constater « qu’on avait fait avaler des doses massives de médicaments sulfamidés pour en étudier les effets à loisirs ».

Ces enfants étaient correctement nourris et habillés, ils avaient même des jouets.

Les 2 médecins français, le Dr Quenouille de Paris et le Pr Florence de Lyon seront pendus par les S.S. dans la nuit du 19 au 20 avril 1945, avec 20 enfants.

Seconde particularité de NEUENGAMME, 358 personnalités françaises affectées à un block, et qui vont mener une vie privilégiée de détenus.

Arrêtés, et incarcérés par les Allemands qui craignaient de les voir après le débarquement du 6 juin, prendre des responsabilités nationales.

Ils subissaient le même régime alimentaire que les vrais Déportés, mais pas de travail, pas d’appels, pas de coups, pas de sévices.

Dans leur block, ils jouent aux cartes, lisent ou tiennent des conférences.

Par ces personnalités : A. Sarrault, ancien Président du Conseil, 2 anciens ministres, 3 sénateurs, 5 députés, 3 préfets, un cardinal (Mrg Salièges de Toulouse), 2 recteurs d’université, etc..

La troisième particularité de ce camp de NEUENGAMME est due au Comte Bernadotte, président de la Croix-Rouge suédoise.

Il a obtenu d’Himmler que soient regroupés dans ce Camp, tous les Déportés ressortissants scandinaves : Danois, Suédois, et Norvégiens.

Cette mesure permettra leur libération sans problème le moment venu, contrairement aux autres Déportés qui vont subir d’effroyables pertes humaines.

 


NEUENGAMME
est aussi un centre d’exécution.

L’exploitation des Déportés dans ce Camp et ses kommandos fournira la production de : briques, mitrailletes, canons de fusil, mouvements d’horlogerie pour

Les bombes, des vedettes rapides, divers armements, le déminage, fabrication de moteurs d’avion, construction et entretien de terrains d’aviation, production de ciment, d’accumulateurs, d’automobiles - Hanomag - Volkswagen -, du caoutchouc, des raffineries de pétrole, creusement de fosses antichars.

Devant l’avance irrésistible des Alliés, la panique s’empare du commandement S.S.

La mort va frapper par milliers les Déportés exténués.

Le kommandode Stöcken-Akkus compte 1600 Déportés dont 800 malades.

Les Valides rejoignent Bergen-Belsen à pied ; le 6 avril, les malades sont chargés dans des wagons à minerai, sans nourriture et sans eau.

Ils meurent d’épuisement, de faim et de froid, au bout de jours le train stoppe à Mieste, rejoint par un second convoi aussi de Neuengamme, puis un 3ème venant de Rottleberode.

Les S.S. font jeter les cadavres, et fusionnent les survivants dans un unique convoi ferroviaire, qui doit s’arrêter suite à l’explosion d’un train de munitions.

C’est à pied que la colonne arrive le 13 avril à Gardelegen ; les rescapés sont entassés dans une grange à fourrage.

Portes bloquées, les S.S. y mettent le feu. Le 15 avril, le Général Simpson découvre le charnier.

1 016 cadavres dont 711 se pourront jamais être identifiés.

Dès les premiers jours de mars 45, le Camp central commence son évacuation.

Elle se poursuit définitivement du 18 au 26 avril ; et s’opère en direction de Lübeck, en plusieurs convois.

Les Déportés privés de nourriture et d’eau sont entassés à fond de cale, dans des bateaux à quai : l’Elmenhorst, le Thielbeck, et l’Athen.

Le Kap Arkona paquebot de luxe est venu mouiller au large de Neustadt, en Baltique.

Le 27 avril, l’Athen l’accoste et lui décharge 2 500 Déportés, le lendemain à nouveau 2 500 autres.

Le 29 avril, il revient avec 3 000 autres Déportés, et jette l’ancre. Le Thielbeck,en réparation, tiré par des remorqueurs vient se ranger près des 2 autres navires.

Puis arrive le Deutschand également chargé de Déportés, un dernier contingent venant de la région de Dantzig à bord de simples barges vient compléter la flottille.

Pendant les manoeuvres, des Déportés se jettent à l’eau dans l’espoir de fuir, les S.S. en tuent plus de 150 depuis le rivage.

Sur l’ordre d’Himmler tous ces bâtiments doivent être coulés, et ainsi faire disparaître ces Déportés gênants.

Un Obersturmführer S.S. fait diffuser par radio un message annonçant que ce convoi est un transport de troupes allemandes se rendant en Norvège.

L’aviation anglaise capte le message, et pilonne les navires, le 3 mai 1945 à 15 heures tous les bâtiments sauf l’Athen sont coulés.

Dans la baie de Lübeck périssent 7 300 Déportés, il n’y aura que 450 rescapés dont 11 Français.