MAUTHAUSEN
![]() P.K / Entrée du Camp de Mauthausen |
" Vous qui entrez ici, sachez tous quil ny a quune seule porte : celle que vous venez de franchir. Sachez également, quil nexiste quune seule sortie. Elle passe par la cheminée du four crématoire. " |
Pendant cette guerre 39/45, vous pouviez à chaque moment être arrêté par la gestapo, ou lamentablement par la police et gendarmerie française.
Pour nimporte quel motif, que vous soyez résistant ou non ; une femme, un homme pouvait se " débarrasser " de son conjoint sur une simple dénonciation erronée.
Larrestation se faisait généralement chez soi, emmené dans un poste de police ou dans une prison, on pouvait y rester des jours, des semaines, des mois.
Celui qui avait de la chance, nétait pas frappé de suite ; mais, il y avait toujours une vraie torture psychique, dans de nombreux cas, ça allait beaucoup plus loin.
Les Juifs ne sen tiraient jamais sans être brutalisés. Puis, on partait souvent vers un centre dinternement comme Compiègne, ultime étape avant le départ pour les Camps de concentration.
Regroupés à la gare, 100, 120, 150 individus sont entassés dans des wagons à bestiaux. Le transport peut durer 12 heures, 12 jours.
Le voyage est terrible la faim, la soif, lentassement, le manque de sommeil, le froid, la chaleur ; à larrivée, lorsquon ouvrait les portes, il nétait pas rare que 20 ou 30 morts tombassent sur le sol, ils avaient été étouffés ou écrasés.
A la gare à Mauthausen, laccueil est ahurissant par les S.S. avec leurs ordres hurlés, et leurs féroces chiens.
On ne comprenait pas ce quils disaient, mais sous les grêles de coups, et les attaques des chiens, on formait de longues colonnes de misères, et direction le Camp, en traversant lagglomération.
Et toujours ces hurlements S.S., les coups de crosses ou de matraques, il ne fallait pas traîner, sinon les chiens mordaient, et là vous étiez tué, ne pouvant plus marcher assez vite.
Après plusieurs kilomètres, la vision du camp était glaciale, avec ces énormes remparts de pierres grises.
Laccueil des autres S.S. contribuait à vous rendre fou, bousculés avec hargne et férocité, à lintérieur, à droite, alignés le long du mur, il fallait attendre souvent des heures, tout un jour ou toute une nuit, sans bouger.
Nus, par un temps glacial, il fallait encore attendre ; de temps à autres, les S.S. samusaient à arroser deau froide les nouveaux venus.
Il fallait ensuite descendre quelques marches pour accéder à un sous-sol, la déshumanisation continuait ; tondus, rasés de partout en un temps record, le bas-ventre badigeonné dune solution désinfectante qui brûlait horriblement, vous passiez dans la seconde pièce.
Les douches où leau brûlante et glaciale alternait ; autour de la pièce, se trouvaient des S.S. qui hilares repoussaient à coups de gourdins, ceux qui tentaient déchapper aux jets.
Terrorisés, désemparés, souvent blessés, nus, il fallait aller dehors, saligner, et attendre 2, 5 ou 10 heures dans le froid, qui pouvait atteindre moins vingt degrés.
Puis, alignés par cinq, sous les coups, direction le camp de quarantaine où régnait un climat de terreur.
Cest là, que seffectuent les opérations successives de la totale incorporation, avec linterrogatoire S.S. sur les raisons de son envoi au Camp.
Certains détenus se voyaient promettre 25 coups de " schlague " ou nerf de boeuf, qui leur étaient " payés " le lendemain.
Les fiches personnelles y étaient établies, chacun recevait sa tenue de bagnard, et un numéro matricule, qui allait devenir sa seule identité.
La garde de ce Camp était confiée aux pouvoirs de " Blockälteste " choisis parmi les S.S. les plus féroces ; on pouvait y rester quelques jours, pour certains des mois, pour dautres toujours...
Pour des milliers dhommes, la vis sest arrêtée là, terriblement battus, blessés, malades, la faim, laissés agonisant sur des grabats dans le froid.
A lintérieur de ce Camp, à part, le block 20 utilisé initialement comme infirmerie puis comme block dextermination.
Celui qui avait la chance de sen sortir, était affecté à un block dhabitation (baraques où sont entassés les Déportés).
En y pénétrant, le nouveau est assailli par une masse dimpressions. Dans le dortoir, les châlits munis dune paillasse, occupée par 4 Déportés, sur le sol pouvant être encastrés, tête-bêche, recroquevillés 300 détenus et plus dans une pièce de 120 m2.
La nourriture se limitait le matin, à une petite louche dun breuvage sombre appelé café, mais qui nen était pas, sans sucre, sans lait.
Le midi, une louche plus grande de bouillon clair. Le soir, un morceau de pain noir, dont il fallait garder un bout pour le lendemain midi, et une mince rondelle de saucisson délavé, des fois, un morceau de margarine gros comme une pierre de sucre.
Les appels avaient lieu 3 fois par jour, le matin à laube avant le départ au travail, le midi pour les Déportés qui travaillaient au camp, et le soir.
Par nimporte quel temps, bise glaciale, pluie en rafale, tourbillons de neige, les Déportés doivent rester alignés, tête nue, au garde-à-vous, interdiction formelle de bouger pendant des heures, pendant que les S.S. comptent et recomptent.
Un appel dura 18 heures. Chaque jour, des hommes ont vécu leur dernier appel du matin, dautres ont y vu leur dernier coucher de soleil.
Dautres, y sont tombés sous les coups des S.S., et nont pu se relever.
Chaque matin, les Déportés travaillant dans la carrière étaient alignés par 5, à la sortie du Camp, ils étaient comptés par centaines.
Puis, dans une double haie de S.S., chiens en laisse, la colonne de Déportés sengageait au pas de course, et dévalait sous les coups, le terrible escalier, avec ses 186 marches conduisant à la carrière.
Allait commencer une nouvelle journée de bagne, on y peinait dans la boue, sous la pluie ou dans un nuage de poussière grise, extrayant des pierres, les perçant, les taillant, les chargeant, soumis au pouvoir des S.S. de battre et de tuer.
Le soir, la remontée des 186 marches, par les Déportés affamés, fourbus, se faisait avec une pierre sur lépaule ou le transport des camarades décédés pendant la journée.
Le Camp de Mauthausen aura vu entrer un minimum de 320 000 Déportés ( car des n° matricules de Déportés morts, ont été attribués 3 à 4 fois aux arrivants).
Les S.S. auront assassiné 200 000 Déportés.
Plus de 5 000 femmes sont passées à Mauthausen, la plupart y sont mortes.
Les S.S. devant lavancée des Alliés quittent le Camp le 3 mai 1945, et en confie la garde à une unité de policiers viennois. Le Comité de résistance du Camp prendra le pouvoir.
Le 5 mai 1945, les Américains libéreront le Camp.
Authentifié par Francis GARAULT, de ST HELEN (22)
Déporté à MAUTHAUSEN, N° Matricule 28 068 - BUCHENWALD et DORA, N° Matricule 31694