BUCHENWALD
Pas plus quon ne peut décrire les couleurs à celui qui na jamais vu, on ne peut décrire Buchenwald à celui qui ny a pas été.
Dans la forêt de Thuringe, au lieu-dit de Buchenwald - la forêt des hêtres - là où Goethe et son ami Eckermann aimaient sasseoir pour converser.
Himmler ordonna en 1937, lédification dun immense camp dinternement ; il choisit donc le versant nord de la colline dEttersberg, toujours battu par les vents et glacial lhiver.
Les baraquements de bois ( 34 ) furent installés par rangées de cinq, et clôturés par des rangs de fil de fer barbelé.
En 1939 et 1941, le camp fut agrandi et complété par des constructions de pierre, ceinturé cette fois, par des barbelés électrifiés.
Mais, cela ne suffit toujours pas, dans une annexe, baptisée " petit camp " de quarantaine, furent installées des baraques rudimentaires en bois, pour les nouveaux arrivants.
Mais, cela ne suffit toujours pas, en 1944, à côté, on installe des tentes de cirque, où furent entassés des milliers de concentrationnaires.
Un raffinement de cruauté exigeait de dégrader et davilir, avant danéantir.
On estime quà la fin de la guerre, Buchenwald sétendait sur près de 50 hectares, la place dappel à elle seule, en fait 2 hectares.
De sa création, à sa libération le 11 avril 1945, 238 979 matricules ont été créés, selon ladministration S.S.
Ce qui ne veut pas dire, quil ny eut que 238 979 Déportés à Buchenwald, car le N° matricule dun mort, est attribué à un arrivant.
Un kommando redouté est celui qui consistait à vider les fosses dexcréments, et à étendre le produit sur les jardins entourant les casernes.
Le rythme de transport imposé par les S.S., aux malheureux Déportés était si élevé, que même les plus robustes ne résistaient pas.
Tout était calculé pour que la durée dune vie nexcède pas une année.
Les kommandos extérieurs étaient les plus durs : pendant le travail, les coups pleuvaient et des punitions parfois atroces.
Punitions si, on sarrêtait de piocher ou de bêcher pour souffler un peu, tenter de se protéger sil pleuvait ou neigeait, se rendre à la fosse daisance pendant le travail.
Les condamnés à la bastonnade " la schlague " devaient compter eux-mêmes, à hautes voix, les coups portés sur leur postérieur nu.
Lors des exécutions publiques par pendaison sur la place dappel, en présence de tous les Déportés au garde-à-vous, un orchestre de cirque, en tenue de carnaval, composé de Déportés, jouait des airs de fêtes.
Devant les blocks 46 et 50, chacun tremblait en les approchant ou lorsquil fallait passer devant.
En fait, des Déportés choisis servaient de cobayes à des expériences pseudo-médicales.
Il leur était inoculé le typhus exanthématique, ou simplement, on essayait sur eux des brûlures au phosphore, atrocement douloureuses.
Lorsquils nétaient plus intéressants, on les assassinait dune piqûre de phénol intracardiaque ou dessence.
Continuellement, les charrettes à bras sillonnaient le camp, pour transporter les cadavres du jour, au four crématoire.
Celui- ci fonctionnait sans arrêt, jour et nuit, 24 heures sur 24 ; à partir de la nuit tombante, pendant les longues heures interminables de lappel, on voyait de hautes gerbes détincelles jaillirent de la cheminée, empestant lair de cette odeur de chair brûlée.
A Buchenwald, comme dans les autres Camps, les " droits communs " ont des postes confiés par les S.S., ils font régner la terreur, la violence et linjustice.
Petit à petit, les résistants luttèrent aidés des syndicalistes, des politiques.
Le soir, quand les kommandos rentraient du travail, épuisés et affamés, ils venaient saligner dans un ordre immuable sur la place dappel, sous les ordres des chefs de blocks.
Lappel pouvait durer 2, 3 heures, souvent plus, suivant les caprices du commandant S.S., et ce, quelque soit les conditions climatiques.
Souvent, lun de nous sécroulait, mais sa dépouille devait rester là jusquà la fin de lappel, car vivant ou mort, chacun était et demeurait un " stück ".(morceau dun ensemble)
A Buchenwald, tomber malade était une catastrophe, un drame.
Le médecin S.S. de linfirmerie (Revier) : " Ici, il ny a pas de malades, il ny a que des gens bien portants ou des morts. "
Le petit Revier est bien moins connu, que dautres secteurs de Buchenwald.
Explication : 90 à 95 % de ceux qui y sont entrés, ont disparu dans les fours crématoires.
Le premier officier Alliés a pénétrer dans le petit Revier est Jean Baptiste Lefèvre ; il décrit sa découverte ainsi :
" Dans un des baraquements du petit Revier, rangés sur 3 étages, de chaque côté de la baraque, plus de 1 000 Déportés qui nont plus que quelques heures ou quelques jours à vivre.
Une puanteur effroyable, odeur caractéristique des hommes qui pourrissent vivants, nous saisit à la gorge.
Parmi ces corps en décomposition, ces hommes sont nus ou ne portent quune chemise, en loques sanguinolentes.
Ils sont pour la plupart couverts de plaies ; nous voyons deffroyables doigts rongés, des pieds sanguinolents.
Seule, la tête semble énorme ; Ces hommes nont plus rien dhumain.
Seuls les yeux et les mâchoires on encore un aspect humain.
Dans ce block, 300 ou 400 Français sont entassés, comme sils étaient rangés sur les étagères dune armoire, corps contre corps, sans paillasse, sans couverture.
Il est impossible à un être humain non entraîné de rester plus de 2 ou 3 minutes, dans une telle atmosphère.
Je nose pas respirer, je nose pas parler. Ces êtres ont des allures de serpents, ils sont réellement à la limite de la vie humaine.
Chaque 10 minutes, lun deux rend son âme à Dieu. Tous savent, quils vont mourir sous deux ou trois jours. "
A lapproche des troupes alliées, le commandant S.S., avait prévu danéantir le Camp, par des survols en rase-mottes avec largages de bombes incendiaires
La direction clandestine internationale du Camp fit parvenir au commandant S.S. Pister, une lettre émanant dun pseudo-chef parachutiste anglais, disant : " Nos blindés arrivent pour vous régler votre compte...Nous vous donnons une suprême chance... "
Des armes cachées et entrées clandestinement dans le Camp, par des Déportés travaillant dans des usines darmement, furent distribuées à des groupes dont faisaient partie le comité des intérêts français, avec à sa tête Marcel Paul et le colonel Manhès.
Mesure prise au cas, au cas ou les S.S. décideraient la tuerie générale.
Le 11 avril 45, nous sommes encore 21 à 22 000 Déportés dans le camp.
Les 6 jours précédents, sur lordre de Berlin, les S.S. se sont acharnés à vider le Camp, à la cravache, mitraillette à la hanche, avec leurs chiens.
Ils sont parvenus à jeter sur les routes, à entasser dans des trains de marchandises 26 à 28 000 Déportés pour une destination qui sera certainement la mort.
Ici, la vie cest toujours jouée au hasard dun tri, dune sélection ; la consigne donnée par la Résistance clandestine a été de tenter dempêcher, de ralentir les évacuations. Mais, hélas...
Dès le début de la matinée, lalerte aérienne a été donnée ; des chasseurs américains scintillent dans le ciel.
Au grondement sourd des combats des derniers jours succèdent des explosions sèches, puis rapidement des rafales de mitrailleuses lourdes.
Le front est proche. Une pointe avancée de la 5ème Armée américaine de Paton, se faufile dans la vallée.
Rassemblement dehors ! lance une voix. On y a !en avant ! Notre colonne se met en marche, je tourne la tête, plusieurs dentre dentre-nous sont armés.
" Cest linstant décisif, écrira Christian Pineau du block 34, celui où la balance peut pencher du côté de la libération ou celui du massacre. "
A lapparition des 2 premiers tanks américains, les S.S. quittèrent précipitamment le Camp ; lorganisation résistante des Déportés, donna lordre de cisailler les barbelés électrifiés et de semparer des miradors.
Où quelques S.S. se trouvaient encore ; le Camp sétait libéré lui-même. LArrivée des Américains avait fait fuir les S.S.
Authentifié par Jean LE LEVRIER, de PLOURHAN (22)
MEDECIN du
Kommado Martha Le Matricule n° 42 679
Lhistoire de la Déportation dErting HANSEN nest pas banale. Réchappant par ne sait quel miracle des interrogatoires violents de la Gestapo, dun transport infernal en train, échappant aux camps et aux kommandos dextermination, il est contraint dexercer sa profession dans une usine de Mülhausen.
Elève du Lycée Anatole LE BRAZ à ST BRIEUC de 1921 à 1929, devenu médecin de ce même lycée en juin 1940, poste quil occupera jusquen 1976, puis médecin-inspecteur du travail, médecin départemental Jeunesse et sport à compter du 24/12/42, il nous raconte son histoire extraordinaire, presque porteuse despoir, envers et contre tout, au milieu de tant de désolation.
" Fait prisonnier le vendredi 21/06/40 près de Vézelise (Meurthe et Moselle), jai été emprisonné pendant 9 mois à Münster en Westphalie à lOflag VI D.
Nous y étions un millier dofficiers Français, dont 150 médecins.
Après 9 mois comme prisonnier, je me suis engagé comme volontaire dans lArmée Secrète, dirigée à St Brieuc par le commandant Adolphe VALLEE, ancien élève du lycée, lui aussi de 1910 à 1916.
Le décret du 12/12/67, publié au J.O. du 16/12/67, signé par le Président de la République G. Pompidou, Charles de Gaulle, le Ministre des Armées P. Messmer , atteste, si besoin est, de ma conduite.
Japprenais, en effet, aux jeunes gens affectés doffice au S.T.O. ( Service du Travail Obligatoire), comment se plaindre de fausses affections dont jattestais la réalité sur le certificat médical que je rédigeais en leur faveur, car ils devaient après ma visite, subir le contrôle dun médecin allemand.
Cétaient vraiment de beaux certificats de complaisance !
Certains le criant haut et fort, le stratagème est découvert, et je suis arrêté le 2/11/43 à 7 h du matin, puis interrogé à la Gestapo de St Brieuc, 5 rue Bd Lamartine.
Jy suis interrogé sans relâche de 7 h 30 à minuit, sans boire, ni manger, debout contre un mur, et tellement giflé avec le plat de la main sur les 2 oreilles, que je nentends plus rien.
Complètement étourdi, je tombe au sol. Jurine même dans mon pantalon ; javais limpression davoir été mis K.O. dans un pugilat de boxe.
Le Pasteur CRESPIN, BESSIS et moi, avons été arrêté sur la dénonciation de XXXXXX, que nous avions pourtant, si souvent hébergé.
Après avoir été en prison 2 jours à St Brieuc, puis 6 semaines à celle de Rennes. A plusieurs reprises, on minterroge rudement.
Comme, je ne veux rien avouer, on me frappe à coups de nerf de boeuf, chaque fois plus violemment. Les dernières séances sont terribles, je tombe plusieurs fois, je navoue rien.
Le 17/01/44, alors que nous partons pour Compiègne, à la gare de Rennes, je méchappe, je suis dans la foule, puis je pense : " Si tu téchappes, tous les tiens seront à leur tour embarqués pour lAllemagne ".
Je reviens avec les autres. Dans un wagon à bestiaux,
" Chevaux 8 - Hommes 40 ", nous y étions une centaine.
Arrivés le 18, pour en repartir le 22, à 6 h du matin, direction Buchenwald, 110 hommes dans le wagon.
Après 3 jours de voyage harassant, nous arrivons à Buchenwald à 17 h...
Après avoir été entièrement rasés, tous en haillons, nous ne sommes plus quun N° matricule, je deviens : 42 679.
Au début février 44, je suis nommé à la médecin interne avec le Dr LANSAC, mon ami le Dr RAINE allant à la médecine externe.
Nous nous levons à 5 h, travail à partir de 6 h, jusquà midi. Repos après le repas, puis consultations jusquà 20h, souvent jusquà 22 h lors du mensuel des poux.
Nous contrôlons aussi les femmes de la " maison close " où allaient les S.S.
Je tombe malade le 7 mars, hospitalisé le 11 pour pneumonie. Je sais que jai 7 à 10 chances sur 100 de men sortir.
Je perds 10 kg, et fais des complications : nombreux abcès, lymphangite, gale, etc.
Durant ma Déportation, je nai reçu que 2 colis, et juste pendant cette convalescence, le 12 avril, je pèse 55 kg ; le 17, je reprends mon travail.
Le 12 mai 44, je suis nommé à Mümhausen, au " Kommando Martha ", dans une usine daviation JUNKER, où nous étions 600 détenus dont 180 Français ; jai aussi pendant quelques mois, la charge dun kommando de 800 juives polonaises et hongroises, en attendant larrivée dune doctoresse hongroise.
Le Lageraltester (chef détenu) est un allemand qui haïssait les Français : " Vous devez mobéir sans broncher, sinon, vous aurez affaire à moi, Mr le Dr Français ! "
Je répondais, sachant à qui javais à faire : " Je nadmets pas de telles paroles. Si vous cherchez la bagarre vous laurez, vous avez besoin de moi, comme médecin. Ma vengeance risque de vous être fatale, si vous memmerdez. "
Il me présente au commandant S.S. du Camp, un vantard, un orgueilleux, toujours menaçant, le type même de la brute S.S.
Je manque de remèdes pour traiter mes camarades, jen veux absolument, il faut trouver un moyen...
Ayant fait un rapport contre le commandant S.S. de Mülhausen, au commandant S.S. de Buchenwald, il apprend que lancienne conciergerie prévue pour y loger mes malades, était en fait, la " maison close "du camp, quil trafiquait les cigarettes et les soupes des Déportés avec les civils allemands.
Jai obtenu gain de cause, mais le commandant SS de Mülhausen veut me pendre, je suis sauvé par mon médecin- commandant, dun grade nettement supérieur, au sien.
Pour ne pas perdre la face, je suis affublé dun Sanitätdiensgrad (contrôleur dinfirmerie) me surveillant.
Le premier est un pur S.S..., mais une circulaire dHimmler ordonne à tous les s.s. âgés de moins de 38ans, daller au front ; il part.
Son successeur, S.S. aussi, est un instituteur allemand de 44 ans, ayant été emprisonné 3 mois en 1933 pour ses idées socialistes, son frère député au Reichstag était encore en prison pour les mêmes raisons. Il aimait avec passion la France, mais pas Hitler ; il a été très bon pour moi.
Sachant le directeur de lusine malade, je dis à un ingénieur français : " Dis à ton chef que je peux le guérir ".
Je leus comme malade et le guéris. Celui-ci dit au commandant S.S., lui aussi malade : " Allez voir le médecin français, il ma guéri. "
Après lavoir ausculté, je lui dis : " Permettez-moi, daller même, acheter les remèdes en ville, mais nayant pas le droit, ne disons rien à lhôpital de Buchenwald. "
Le commandant me dit : " En effet, si Buchenwald le sait, je risque dêtre pendu. "
Le 21/12/44, visite du commandant, ne souffrant plus, il vient spécialement pour me remercier " très vivement " de mes soins, et il moffre une cigarette.
Jallais plusieurs fois, chaque semaine soigner les Juives dont le kommando était à lautre bout de la ville. Une fois, " mon " S.S. ma demandé de soigner en cachette, en ville, un petit garçon de 4 ans, dun de ses amis.
Nous risquions, là aussi, dêtre pendus, mais je prenais ce risque par sympathie pour ce S.S. rebelle.
Lui-même fut malade un jour, et vint se cachette se faire traiter par moi.
Javais souvent à soigner des plaies plus ou moins importantes. A plusieurs reprises, je prie la décision de demander au commandant, de faire opérer durgence des blessés à lhôpital civil, de la ville, ce qui était formellement interdit.
Comment donc, ai-je pu le faire ? Javais réussi à navoir aucun mort ; ces blessures ou ces maladies étaient à traiter durgence par une opération.
Je pus assister personnellement plusieurs fois à des
" opérations en cachette. "
Il fallait se méfier des " simulations ", car le commandant faisait des visites surprises.
Jai réussi quelques fois à écouter des nouvelles de la radio anglaise, avec le poste du commandant pendant ses absences ! A mes risques et périls, mais cela remontait le moral de mes camarades Déportés.
Le 26 décembre 1944, la température tombe à moins 18 degrés, le lendemain à moins 20.
Les doigts écrasés volontairement sont fréquents, pour avoir un peu de repos. Un jour, le commandant vient me voir, et me demanda comment javais des nouvelles anglaises.
Sans hésiter, je lui répondis : " Par des civils allemands, à lusine. " Alors, dorénavant, vous naurez plus le droit y aller... ( je continuais quand je le savais en ville)
Le 23/01/45, le commandant vient me voir avec un chien qui souffre des yeux et du nez. Il me donne 2 cigarettes, que je redonne plus tard à un malade.
Le 29/01/45, jopère provisoirement MENEZ de Quimper, dont la main est écrasée, jinterviens sur son index, le majeur et lannulaire, puis je le dirige sur lhôpital militaire, où il reste.
Le 17/02/45, la presse et la radio annoncent que 11 000 avions alliés ont survolé lAllemagne, à ce jour.
Le 26 février, je vais à lhôpital civil avec " mon " gardien S.S. Artz, avec le Russe Mamikinik et avec mon ami Gaillard qui a une luxation de lépaule droite, ainsi que des plaies multiples à la main droite.
Le 27 février, je vais avec Artz au kommando des Juives (le Lager B) pour ramener dans notre kommando, les médicaments qui restent, car elles partent pour Hanovre...dit-on.
Régina, linfirmière, et la doctoresse hongroise ont le moral au plus bas ; elles pleurent, en me disant " au revoir ".
La doctoresse me remercie de lui avoir redonné goût à la vie, de lavoir empêché de se suicider, ayant appris que son mari était arrivé dans un autre Kommando à 20 km, dici.
Le 9 mars 45, Artz a ses 45 ans, je lui offre 5 cigarettes. Moi, le 13 mars, jen aurai 36, je recevrai par Artz, un gâteau fait par la mère du petit Allemand que jai soigné en cachette, en ville.
Un ex-officier S.S. ayant fait, ma - t - i l dit, des
" bêtises " en Grèce, ayant été dégradé au rang dadjudant, avait contracté les fièvres paludéennes, je lai soigné.
Un jour, je le vis devant mon infirmerie frapper un jeune Russe, ayant saboté une aile davion, et condamné à recevoir 50 coups de " schlague " pour ce méfait.
Je lui demande darrêter, " Quoique mon ennemi, je vous donne votre Quinine ! "
Le lendemain, cette brute vient me voir pour avoir son remède, je lui dis : " Je nai plus de comprimé, mais seulement une boite dampoules. "
( Elles étaient périmées depuis 4 ans et inutilisables).Je lui fis une piqûre à la cuisse, en lui faisant très, très mal ; puis il eut un abcès.
Sa cuisse avait doublé de volume, malgré ses demandes, je nouvris labcès quun plus tard : il ne pouvait pas aller voir le médecin S.S., car il se faisait suivre par moi, et il nen avait pas le droit.
Il dut arrêter " son travail " pendant un mois.
Le 1er Avril 45, jour de Pâques, de retour de Buchenwald, le commandant convoque son état-major ; Artz est nerveux et triste.
Lordre donné à nos gardiens se résume à ceci : " Si nous devons quitter subitement Mulhaüsen, sans les détenus, sous la poussée américaine, il faudra tous les " liquider ".
Artz est chargé de liquider toute linfirmerie, au garde-à vous, devant le commandant du camp, il déclare dune voie ferme et décidée : " Mon commandant, ne comptez pas sur moi pour exécuter cet ordre ! Je ne pourrais jamais attenter à la vie des malades, pas plus quà celle des autres. "
Le commandant na pas osé fusillé Artz ; finalement, le 2/04/45, réveil à 3 h du matin, pour retourner à Buchenwald.
Je demande au commandant : " Les malades ne pourront pas faire 100 km à pied ? réponse : Mon revolver et mon chien supprimeront les invalides. "
Une douzaine de malades sont incapables de faire plusieurs km à pieds ; il me faut trouver une voiture.
Comment faire ? Voyant tous les S.S. avec un lourd bagage sur le dos, une pensée me vint, et je dis à Artz : " Allez dire au commandant que des bruits circulent dans la colonne des détenus, quils parlent de bondir sur les soldats allemands gênés par leur bardât. "
Le stratagème réussit. Dès la prochaine ferme, la commandant arrête la colonne et réquisitionne une grande voiture basse à 4 roues.
Les Déportés les plus valident remplacent les chevaux, les S.S. chargent leur paquetage, je fais sentasser une dizaine de malades, les plus atteints de la colonne.
Quelques km plus lois, dautres Déportés se trouvaient à leur tour en difficultés Une seconde voiture simposait, cette fois, quelle raison invoquer.
Jappelle Artz, et lui confie : " Artz, nous navons eu aucun mort, juquici, dans le kommando. Le commandant est un orgeilleux, il aimerait bien, jen suis sûr, être décoré ! Peut être, monterait-il même en grade, sil arrive sans mort à Buchenwald ? Allez le lui dire, sil vous plait. "
Lorgueil fait faire beaucoup de choses, nous obtenons une deuxième voiture à timon, à laquelle sattèlent les détenus les plus valides, permettant aux uns et aux autres de se reposer.
Après quarante km de marche forcée, la colonne sarrête dans un grande ferme ; après 3 jours de marche forcée, à 200 ou 300 mètres de lentrée du Camp de Buchenwald, les voitures sont abandonnées.
Artz nous conduit au Revier, avec les médicaments et le matériel, sans oublier mes notes et mon journal ; mais jai tout perdu. A mi-chemin, Artz marrête et me confie avec tendresse : " Voici la dernière chose que je fais pour vous avec plaisir : sauver votre journal et vos carnets. Dans quelques jours, vous serez libérés. Ne moubliez pas, si un jour, je fais appel à vous. "
Je le lui promets en lembrassant. Je ne devais plus jamais le revoir. Nous fûmes le seul kommando à ne pas avoir perdu un homme.
Ecrit Erling HANSEN, de ST BRIEUC (22)
Déporté à BUCHENWALD, N° Matricule 44 703
à MÜLHAUSEN.
en hommage à Fréedrick ARTZ
Déporté Médecin à BUCHENWALD,
et MULHAUSEN kommano du Camp,
N° Matricule 42 679